QUAND L’EXPATRIATION MET À MAL LA FONCTION PARENTALE

Les parents d’aujourd’hui sont souvent sujets au doute. La psychologisation à outrance des médias les a conduits à lire, regarder les émissions pour « mieux éduquer » et cette surexposition les plonge dans une crainte de mal faire. Chacun se retrouve à devoir légitimer sans cesse sa manière d’éduquer son enfant. Entre éducation conservatrice stricte et éducation laxiste et permissive, les nouveaux parents oscillent, tout en ayant conscience des limites de ces deux systèmes. Ils sont donc confrontés à une page vide : comment inventer une façon d’éduquer plus adaptée au monde d’aujourd’hui ? Dorénavant, chacun doit inventer son rôle de parent, la place qu’il occupe. Certains sont désemparés voire démunis face aux trésors d’oppositions que développent leurs enfants.

Les choses se compliquent considérablement lorsque ces parents, déjà en proie à ces interrogations éducatives et ayant du mal à trouver leur place, se retrouvent plongés dans le milieu de l’expatriation.

S’expatrier confère des avantages considérables comme celui de la découverte et de tout ce que cela suppose d’apprentissages, d’adaptabilité, de la possibilité de se réinventer à différents niveaux, libérés des représentations de l’entourage sur sa propre histoire.

Elle peut entraîner également tout un lot de désavantages comme la perte de repères, failles identitaires, baisse de l’estime de soi, dépression, etc. (Cf article précédent : Expatriation : ces « suiveuses en perte d’identité »)

Confrontés à une perte d’appartenance, il arrive que certains parents déjà fragilisés, se sentent perdus une fois sur place, et questionnés dans leur légitimité parentale.

  • Loin du contenant d’une famille élargie, ils ne peuvent plus se tourner vers eux pour demander de l’aide.
  • Chamboulés dans leur identité propre, ces parents se sentent trop vulnérables pour poser des limites et des repères à leurs enfants.
  • Cadrer présente à leurs yeux une menace de désamour et un risque de souffrance pour l’enfant. Ils sont aux prises avec la culpabilité d’avoir éloigné leurs enfants du reste de la famille, de leurs amis, de leurs repères, et ont tendance à projeter sur eux leur propre angoisse. Il devient alors très compliqué pour les parents de se sentir légitimés à dire non à leurs enfants. Ils ont déjà le sentiment des les avoir privés de leurs racines, il est donc exclu de les frustrer davantage.
  • Le contexte d’expatriation a souvent pour conséquence une omniprésence à la maison de l’un des parents, encore souvent la mère. Ayant perdu son appartenance professionnelle et sociale, elle aura tendance à surinvestir l’enfant. Dans ce contexte, la fonction paternelle séparatrice a du mal à se faire une place, car le conjoint sent bien que ce rôle de mère prend une fonction structurante.

Une de mes patientes ayant été extrêmement culpabilisée par sa famille sur son départ en expatriation et ayant quitté une bonne situation professionnelle pour suivre son mari, s’était mise à adopter une attitude surprotectrice avec son fils, laissant penser qu’il allait se briser à tout moment. Ce petit garçon de 5 ans s’est donc mis à adopter, uniquement en présence de sa mère, une attitude d’extrême fragilité en accord ses inquiétudes. A partir du moment où elle a été prise en charge, il s’est autorisé à s’affirmer, n’ayant plus besoin de la conforter dans cette fonction réparatrice.

C’est ainsi que ces enfants se retrouvent érigés au statut d’enfant roi, renforcés dans leur toute puissance par des parents en proie au doute, qui s’évertuent à tenter de combler leurs supposés manques et à les frustrer le moins possible. Il n’est pas rare d’assister à des scènes de sortie d’école pendant lesquelles les parents sont piétinés, disputés, bousculés par leurs enfants, sans qu’ils semblent trouver cela inapproprié.

Lorsque ces parents viennent consulter, c’est parce que les enfants se sont petit à petit installés dans des conflits autour du sommeil, de l’alimentation, de l’acquisition de la propreté, d’autonomie, de problèmes de limites (insolence, violence), problèmes scolaires. Le contexte est rarement pathologique mais risque de le devenir.

Les enfants ont besoin de limites structurantes. Les parents en perte d’appartenance, touchés dans leur identité propre ne sont plus à même de poser ces limites à leurs enfants. Or, ne pas mettre ce cadre équivaut à laisser l’enfant dans le vide, à vivre une toute puissance, et dans une angoisse permanente. Il est important que les parents puissent guider les enfants dans l’apprentissage de la frustration car ces limites sont structurantes et sécurisantes.

Cette forme de demande dans le contexte d’expatriation est très fréquente. La thérapie tend à aider les parents à reprendre leur place, à faire émerger leurs compétences, à reprendre confiance dans leurs capacités éducatives et surtout différencier amour et éducation, de sorte que cadrer ne soit plus synonyme de désamour.

Il est très étonnant de voir que souvent, quelques séances suffisent pour que le symptôme pour lequel les parents sont venus consulter, disparaisse.

Marion SAINTGERY.

 

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